Viva La Muerte ! (Conte cruel de la bêtise ordinaire).

 

Cette courte nouvelle date un peu. Elle a même plutôt vieilli et est pleine de clichés. Et vous remarquerez que depuis, le Parti dont il est question a changé de Fürh… pardon, de chef. Mais les choses ont-elles changé dans le fond ? Et combien reste-t-il de Robert, de Jean-Paul, de Marcel et autres clichés du même genre en France et ailleurs ?

Ce texte n’a pas été publié sous format papier. Et ne le sera probablement jamais.

« Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait » Vieux proverbe populaire.

 

 

« Robert habite dans un petit appart’ au cœur d’une banlieue ouvrière, dans une ville française quelconque. Et on peut affirmer, sans se tromper, que Robert, avec son air débonnaire et un rien stupide, sa moustache et ses cheveux grisonnants, ainsi que sa bedaine bien garnie de cinquantenaire, est un type très bien. Un honnête ouvrier, un citoyen et un père modèle. Sa femme, ses trois gosses (surtout le dernier de 14 ans, quand il arrive à parler entre deux pains dans la gueule), ses collègues de l’usine, pas plus que ses quelques copains du Café des Amis – où il a ses habitudes depuis vingt ans – ne nous contrediront pas là-dessus. A moins, bien sûr, de faire preuve d’une mauvaise foi extraordinaire.

 

Six heures trente. Comme chaque matin depuis plus de trente ans, le radio-réveil tire notre brave prolo d’un sommeil qu’il n’avait pourtant réussi à trouver que très tard, dans la nuit. Forcément, si ces blaireaux de la télé diffusaient « Très Chasse » à des heures raisonnables, aussi… Alors, péniblement, il se lève prenant bien garde de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller Denise, qui partage son lit et sa vie depuis de très longues années déjà. Et ça, ça relève déjà de l’exploit sportif quand le gras et les rhumatismes ont remplacé la souplesse et l’agilité ! Après une rapide douche, deux cafés noirs et quelques bouffées d’oxyde de carbone (en gauloise brune, depuis toujours.), Robert retourne dans la chambre à coucher et embrasse sa femme. La veinarde ne se lèvera qu’une heure après son départ. Il faut dire que, à part s’occuper du petit dernier, de la maison, du ménage, de la popote, des démarches administratives du foyer, des courses et j’en passe… Bah ! La Mère Denise – comme tous les voisins la surnomment affectueusement – elle n’a quand même pas grand-chose à foutre de ces journées !…Alors, pense Robert, elle a bien le temps de s’abrutir devant des niaiseries genre Dallas et autres Santa Barbara… C’est sûr, le Robert a des idées vachement progressistes en matière de condition féminine… en comparaison à celles des Islamistes intégristes.

 

Sur la route qui le mène, comme chaque matin, à l’usine, Robert écoute les dernières nouvelles du jour sur France Info. Il n’est généralement ni très éveillé, ni franchement d’humeur à échanger le moindre mot à qui que soit à une heure aussi matinale. Pourtant, depuis deux semaines, Bébert (comme tout le monde l’appelle… affectueusement !) est très fier de se rendre au turbin dans sa belle Fiat flambant neuf. Deux mois pour se décider sur la couleur, quand même : un beau rouge ne passant pas inaperçu. Et à peu près autant de temps pour conclure le contrat de crédit avec son banquier. Alors du coup, depuis deux semaines Bébert a un peu de baume au cœur le matin… Bon, un crédit sur cinq ans ce n’est pas la mort non plus ! Ah ! C’est vrai, il y a aussi celui souscrit pour vingt ans histoire d’avoir un chez soi bien à soi ! Bah ! C’est sûr que ce n’est pas avec une paye à peine supérieure au SMIC – pour une journée de huit heures d’un boulot qui ne demande que très peu de réflexion mais quelques efforts physiques. – que Robert aurait pu se permettre de tels investissements. Putain ! Quand même, ce banquier, style jeune loup tout juste sorti de l’école et bien propre sur lui, a une fâcheuse tendance à les lui briser sévère au Bébert, avec toutes ces questions à la noix ! Etonnant qu’il ne lui ait toujours pas demandé combien de fois il couchait avec sa femme dans la semaine… Avouons au passage que, s’il faut faire la comparaison, la vie sexuelle du couple ressemble, désormais, bien plus au désert glacial de la banquise qu’à la flore luxuriante de la forêt d’Amazonie…

 

Enfin, bref ! Robert n’est pas non plus vraiment du genre à se plaindre. Et c’est pour ça que tout le monde l’aime bien, ses collègues comme les contremaîtres ! Bon, y a bien ce petit con d’intérimaire fraîchement débarqué dans l’atelier qui ne semble pas trop l’apprécier… Bizarre ce type d’ailleurs qui vient bosser avec des T-shirt avec des trucs style « Action Directe » ou « Red Army Fraction » marqué dessus. Sûrement une espèce de gauchiste ou, pire encore, une petite raclure d’anarchiste de merde ! Si on se met à faire bosser des types dans son genre maintenant, faut pas s’étonner que le boulot soit bâclé et que le pays parte à vau-l’eau ! Tiens, il en toucherait bien un mot au patron à l’occas’ !

 

Avec ça ce… comment déjà ? Ah ! Oui Julien qu’il s’appelle ce merdeux ! Ce Julien, donc, ça ne le surprendrait même pas qu’il soit dans un de ces machins-là… Ouais, un de ces comités de soutien aux sans-papiers comme ils disent au 20H sur TF1. Bien le genre du mec, tiens ! Apparemment, ça aurait tendance à fleurir ces groupuscules à gauchos dans le coin. Un vivier de terroristes anars en puissances ouais, ces soi-disant comités !! Lui, Bébert, il en avait des voisins dans le genre : des pas Français là et même pas blancs avec ça ! Plutôt bien noirs et bien louches. Ce qui d’ailleurs va souvent de paire, se dit Bébert. Bah ! Ces enfoirés depuis qu’ils s’étaient installés dans l’immeuble avec leur chiée de gniards, bonjour le bordel !… Et le bruit et l’odeur, comme avait dit l’Ex. Sûr que ces salauds vivaient d’allocs et n’allaient même pas bosser. Et ça, ça  le gonfle le Bébert, lui qui trime depuis plus de trente ans. Et n’allez surtout pas lui dire qu’il est raciste ! Ca non ! Certainement pas ! Jamais de la vie ! Plutôt crever !

 

Merde, pendant prés de quinze ans, Robert il avait ses deux cartes : une au PCF, l’autre à la Cégét’. Alors lui, raciste, faut pas déconner non plus ! D’accord, il y a bientôt dix ans, il en a eu plein le cul des autres syndiqués (encore des gauchos à la mords moi le nœud.)… Alors, bon, les deux cartes à la poubelle ! En confettis. Il s’est encarté ailleurs, il a quand même gardé son âme de militant le Robert. Un petit parti très à droite, paraît-il, fondé vers 1975, un truc dans le genre. Et puis surtout avec un chef qui n’a pas la langue dans sa poche (pas comme tous les autres connards) et qui a fait l’Algérie, tout comme son frère aîné. Et ce dernier point, ça attire forcément la sympathie. Et ce n’est certainement pas par xénophobie, non ! Juste par dégoût de la politique, comme il le claironne. Et puis voilà, Bébert c’est juste un bon citoyen, point. Et puis merde. C’est quoi ces immigrés qui ne veulent pas s’intégrer aussi ?…

 

Bah ! Comme ses voisins-là, les noirs. Des Camerounais ou un truc dans le genre. Bon, tant qu’il n’y avait que le père ça allait encore. Pas forcément un mauvais bougre, d’ailleurs. Il était serveur dans le resto « Chez Maurice » où Robert allait déjeuner de temps en temps avec des collègues. Par contre, c’est quand sa femme et ses gosses ont débarqué que Bébert a trouvé que ça commençait à bien faire. Et un soir, rentrant du Café des Amis, il fut pris à partie par la concierge de l’immeuble. Une brave femme, la quarantaine, veuve de militaire et qui va à la messe tous les dimanches. Celle-ci lui appris, au détour de la conversation, que ni le mari, ni la femme n’avaient de papiers. Une concierge, ça sait toujours tout c’est bien connu. Elle conclut en lui lâchant, en même temps qu’un clin d’œil : « Enfin que cela reste quand même entre nous, hein ? »

Ni une ni deux ! Aussitôt monté chez lui, Bébert soucieux de remplir son devoir civique, appela illico le commissariat du quartier pour lâcher aux bourres l’info qu’il venait d’apprendre. Bon, précisa-t-il à l’agent qu’il avait en ligne, le tuyau n’était pas sûr à 100%, mais valait la peine d’être vérifié. Fier de son coup, il décapsula une bière qu’il savoura bien calé dans son fauteuil en matant le match du soir, une main fourrée dans le calbute. Et bien, deux jours plus tard, la concierge, ayant toutes les peines du monde à lui cacher sa jubilation, lui apprit que toute la famille fut embarquée par la police. Sans doute en direction du centre de rétention à quelques kilomètres de là.

 

Robert songeait souvent à cette histoire quand il bossait comme à cet instant précis. Sa gamberge fut subitement interrompue par la sonnerie annonçant la fin de la journée. 17H30. Direction le Café des Amis où Robert a rencard avec ses deux meilleurs potes : Marcel et Jean-Paul. En passant chez lui à midi, il avait prévenu sa femme qu’il ne serait pas là pour le dîner. Il avait à faire.

 

Après avoir commandé un demi il s’installe à table, juste en face de Marcel. Une fois que les trois copains eurent échangé les banalités d’usage ; Marcel, le teint déjà rougeaud pour avoir eu le temps de siffler six bières et trois ou quatre canons de rouge avant que les autres ne le rejoignent, lui lâche, presque hilare :

-         Tu viens toujours avec nous pour le collage, Bébert ?

-          Bien sûr, toujours, répond ce dernier.

-         Bon, reprend Marcel, on finit ça et on décolle. Tout le matos est dans ma bagnole

et il faut que je sois rentré de bonne heure, sinon la bourgeoise va me tuer.

A ces mots, les deux autres éclatèrent de rire, eux qui aimaient bien titiller Marcel sur le fait que « bobonne le tenait par ouilles » comme ils le disaient si finement. Marcel perdit d’un coup son sourire et manqua aussi d’en perdre son sang-froid. Sûr qu’il n’aimait vraiment pas qu’on le charrie là-dessus, lui, le chasseur émérite qui a tué au moins autant d’animaux dans sa vie que l’Eglise catholique n’a massacré de gens depuis les croisades. Et puis, il avait très peu le sens de l’humour après avoir autant picolé. Jean-Paul, calmé de son fou rire, intervint alors :

-         T’agace pas, vieux ! Tu sais bien qu’on déconne ! Et puis faut bien se détendre après l’ boulot, non ?

-         Ca va ! Lance Marcel irrité. T’as raison. Bon on y va ? 

Robert et Jean-Paul échangèrent un regard complice, l’air de se dire, que, depuis six mois qu’il est à la retraite, bah, le Marcel il est quand même devenu drôlement bizarre en plus de torcher encore plus sévère. Déjà qu’avant… Tout le monde se souvenait de cette partie de chasse où, déjà largement attaqué, il abattit d’une décharge de chevrotine son frère (chasseur lui aussi), parti se réfugier derrière un bosquet pour y vomir la bouteille de pastis qu’il venait de liquider dès onze heures du mat’. « Ca bougeait là dans l’ buisson, qu’il avait dit aux pandores du bled, je croyais que c’était un lièvre ou un sanglier… »

            

Deux heures plus tard, dans une cité, pas très loin de chez Robert. Marcel est resté au volant de sa Mercedes et attend patiemment ses deux amis… une Kro à la main. Non loin de là, les deux autres s’activent sur le trottoir. La séance collage touchant à sa fin, Jean-Paul badigeonne le panneau d’affichage de colle avec un vieux balai pendant que Robert déroule une grande affiche. Sur celle-ci, figure un grand portait d’un vieux borgne tristement célèbre et surtout gravement con. Les élections pestilentielles étant toutes proches. Sous le portrait du gravement con, un slogan tout aussi gravement con du genre : « pour embaucher les Français d’abord, renvoyons déjà les immigrés chez eux. » Gravement con et aussi gravement pas très inspiré. En même temps, logique, venant d’un parti présidé par un vieux con sénile et dont la majorité des militants et des électeurs sont, eux aussi, des vieux cons séniles qui n’ont probablement jamais rien entravé à l’Histoire, à la beauté des métissages culturels et ethniques, aux films de Ken Loach ou de Kubrick, aux livres de George Orwell ou à ceux de Jean-Bernard Pouy et de ses collègues en littérature noire, au combat des Blacks Panthers, à la musique de Jimi Hendrix, celle de Laurel Aitken, à la contestation punk ou hip hop, au vieux rhum des îles, à l’herbe qui sent le soleil quand on la fume… Bref, à la vie ! Et surtout qui n’ont pas compris qu’il faut vraiment être gravement con, déjà pour espérer quelques choses de ce type d’élections mais, surtout, pour aller voter pour un vieux borgne sacrément con quand même en plus d’être franchement raciste et fasciste !

Donc, les deux vieux séniles gravement cons, Jean-Paul et Robert, s’affairent presque pieusement sans se douter de la scène qui se prépare au même moment. Ce qui, vous allez le voir, est plutôt très con pour eux.       

En effet, des jeunes du quartier s’attroupent déjà derrière les deux vieux cons qui sursautent en lâchant leur matos au cri de :

-         Alors les vieux fachos ! On pourrit la cité avec ces affiches de merde ?

Robert, pas tout à fait sénile bien que franchement con, faut-il le rappeler, reconnaît aussitôt la voix de Farid, le fils de 19 ans de son voisin Marocain. Se retournant il aperçoit trois autres lascars avec le jeune homme.

-          Ecoute, Farid, commence-t-il pas très rassuré. Tu sais que je n’ai rien contre toi, ton père ni même tes potes. Mais tu vois, on est encore en démocratie, alors si vous n’aimez pas…

-           Ah ! Ouais ! Un sacré démocrate ton pote Le Pen !

Jean-Paul, fouillant dans sa poche et ne trouvant sans doute pas ce qu’il y cherche, blêmi affreusement, adoptant ainsi la couleur des costumes du Ku Kux Klan, mais trouve la force de lâcher aux jeunes :

-           Cassez-vous, bandes de petits merdeux et laissez nous travailler !

-           T’appelle ça travailler, toi ? Interroge Farid. Moi j’appelle ça nous insulter moi et

mon reup’ !

-          Fais pas chier ! grommelle Jean-Paul sortant enfin ce qu’il cherchait

désespérément : son vieux flingue.

-          Fais pas le con, Jeannot ! S’écrie Robert.

-          Tu crois m’impressionner, vieille merde avec ton joujou ? S’exclame alors Farid.

-          Tu vas voir si c’est un jouet ! 

Robert devient carrément livide – et fait à son tour très « White Power » –  lorsqu’il voit Farid sortir, à son tour, un revolver et le pointer sur son pote. Jean-Paul vise Farid et Farid vise Jean-Paul. Mais Jean-Paul est tellement con, qu’il n’a même pas pensé à vérifier si son flingue était chargé. Alors, pressant la détente, il s’aperçoit un peu tard qu’il ne ferait même pas de mal à une mouche.  Robert, retrouvant du courage au moment où l’autre abruti de Jean-Paul se chie littéralement dessus, au sens propre si on peut dire, pensant que Farid lui non plus n’a pas songé à vérifier son arme, se jette sur le jeune, tente de le maîtriser, mais étant d’un âge plus que mûr voire pas très loin de l’âge bien pourri, il n’y parvient pas… Et…Un coup de feu retentit qui fait sursauter Marcel, à moitié endormi sa bière à la main… 

           

Jean-Paul est aussi blanc qu’un cachet d’aspirine ou qu’un Rivarol devant le corps inerte de Robert qui, venant de se prendre un pruneau en plein cœur, gît sur le trottoir. Son sang se répand, souillant la sale gueule de son idole sur l’affiche. Farid et les autres n’en mènent pas large non plus. Le jeune Marocain bredouille, à l’attention de ses potes :

-           J’ voulais pas… Le coup est parti tout seul…

-           On se casse ! » lâche l’un de ces potes. Et désignant Jean-Paul, ce pourri là va

sûrement appeler les keufs !

Alors, sans demander leurs restes ni même laisser la moindre adresse au vieux con se déféquant encore dessus, les quatre jeunes détalent comme des lapins.

Jean-Paul, secoué moralement autant qu’intestinalement, retourne à la Mercedes du troisième sénile. Ce dernier s’écrie :

-          Putain ! C’était quoi ce coup de feu, bordel ?

-          Bébert… Bébert… bafouille Jean-Paul.

-          Quoi, Bébert ? T’accouche, nom de dieu !

-          Bébert… il… il… il vient de… de se faire descendre…

-          Hein ? Tu déconnes ?

-          Non…

-          Descendre mais par qui ?

-          Par… par une bande de bougnoules !

-          Ah ! Les enculés ! Et toi, t’as pas ton flingue ?

-           Pas chargé !

-          Abruti ! Monte. on trace au commissariat porter plainte.

 

Marcel démarre aussitôt en trombe, direction la maison poulaga. Il fonce et en plus il est torché comme un porc. Le commico n’est pas très loin, seulement à cinq cents mètres de là. Manque de bol, pressé qu’il est, Marcel grille le premier feu aussi rouge que sa tronche qu’il croise. Re-manque de bol, un camion-citerne, livrant la station-service du quartier, lui coupe la route pile à ce moment-là. Forcément, Marcel étant aussi bourré qu’il est con et sénile, n’a le temps ni de le voir venir, ni de l’éviter ! Et ça, c’est vraiment con pour sa Mercedes qui fonce direct dans la citerne !! Et c’est vraiment con aussi parce que, la collision entre une sale Mercedes de merde et une citerne remplie d’essence provoque, logiquement, une bonne grosse explosion à réveiller tout un quartier. Et ça, c’est franchement con, vu que ça ne laisse aucune chance de salut à deux crétins séniles : l’un bourré comme un coing et l’autre incapable du moindre mouvement tellement il a blindé le fond de son futal d’excréments.

           

Enfin le plus con quand même, dans toute cette histoire, c’est que deux vieilles raclures, limites xénophobes sur les bords, auront loupé de très peu l’âge de la retraite. Et que la troisième n’aura même pas eu le temps d’en profiter. »

 

P’tit Fred

Publié dans : Noire & polar (non éditées) | le 1 septembre, 2011 |Pas de Commentaires »

Extrait de Brutal Holocaust.

 

Voici un bref extrait de ma première nouvelle « officielle », déjà publiée sous format papier et en total DIY. Elle narre les mésaventures d’un crust-punk band se retrouvant accidentellement coincé dans un monde parallèle, peuplé par des « descendants » d’Amérindiens.Elle est encore disponible dans quelques lieux à Limoges (Undersounds, Duc Etienne). Une nouvelle édition est prévue. N’hésitez pas à me contacter si vous êtes intéressés.

« On roulait donc tranquillement sur la route nous ramenant chez nous ainsi qu’à la dure réalité. Les boulots pour certains (enfin, à part Trotski, nous autres on bossait plutôt par intermittences. Et encore, quand nos assistantes (a)sociales ou nos (mauvaises) conseillères Pôle Emploi nous y contraignaient en nous menaçant de nous couper les vivres) .C’était donc la démerde et les combines pour la plupart. Les factures, les proprios, les galères. Et le troupeau de moutons bêlants, déjà morts sans le savoir, qu’il fallait se coltiner quand on n’avait pas d’autre choix que de sortir de son antre. Bref, on roulait vers toutes les réjouissances qui nous  avaient poussés, dès l’adolescence, par rage et désespoir, à sombrer dans la rébellion punk, hardcore et libertaire. Bah ouais, ça ne nous est pas tombé dessus comme ça, ni pour rien. Faut pas croi

-         Merde, les tuniques bleues, s’inquiéta Juju en apercevant une estafette sur le bord de la route.

-         Bah, que je fis à moitié goguenard. A mon avis avec tout ce qu’ils ont dû voir comme camtars mal famés depuis qu’ils se tapent le pied de grue, je pense pas qu’ils vont nous faire chier.

-         En plus, renchérit Clém’, y sont que trois. Pour une rafle de plus de 200 punks en vadrouille, ça fait un peu léger. Avec ça, je crois pas que dans l’ coin y ait un stade style Vél’ d’Hiv’.

La tirade fort inspirée du lascar déclencha illico un fou rire général dans la bétaillère, parce qu’elle était pleine de gens parfois très bêtes, pile au moment où on croisait les gendarmes. A notre passage, les moustachus nous toisèrent bien méchamment. Et bien sûr, ça ne fit qu’entretenir notre hilarité. Faut dire que pour ce qui était de la peur de l’uniforme, on avait tous largement donnés avec toutes les manifs qui tournaient au vinaigre. Alors les gendarmes nous feraient plutôt bien marrer… ce qui n’était pas toujours le cas, avouons-le, quand on se retrouvait à dix face à une escouade de CRS surarmés et la bave aux lèvres ! Eux, si émouvants dans leurs carapaces et derrières leurs boucliers, savaient nous faire avoir la larme à l’œil… surtout à grand renfort de lacrimos, les vaches.

-         Bah tu vois, pas la peine de se biler, lançai-je à Juju.

-         Avec une bande de crétins tels que vous, s’exclama-t-elle, je me demande comment on s’est pas fait contrôler.

-         Ben vois-tu, c’est que le gendarme, malgré sa moustache et son air abruti, n’est finalement pas un mauvais bougre, repris-je. C’est un homme de bien et plein d’idéal, vois-tu. Il protège les braves gens des types bizarres et dangereux…

-         Bizarres et dangereux… comme nous ? Demanda Math, qui, comme les autres, ne comprenait vraiment pas où j’essayai d’en arriver.

-         Ouais. Si tu veux. Donc, il protège les braves gens tout en rêvant de sauver la veuve et l’orphelin. Presque un saint homme le gendarme…

-         Putain, faut vraiment que t’arrête de boire dès le réveil, Tom ! Me coupa Trotski.

-         Attends, j’ai pas fini. Un saint homme je disais. C’est vrai quoi. Et ce n’est pas pour rien que Georges Brassens, les René Binamé ou même les Cadavres, les Rats et bien d’autres, leur ont dédié des chansons, aux gendarmes et aux flics !   

Le temps que tout le monde comprenne mon raisonnement, certes particulièrement tordu et même digne des plus grands sophistes, et ce fut une fois de plus le bidonnage dans le camion.

         Et vu que Juju aussi se marrait comme une baleine, déconcentrée qu’elle en fut, la pauvre, elle n’eut pas le temps de voir arriver l’autre allumé du volant. Ce connard, se croyant sûrement dans une Ferrari et sur un circuit de Formule 1, alors qu’il ne pilotait qu’une vieille Polo sur une route de campagne, nous fonçait droit dessus. Enfin, droit… En zigzague plutôt ! »

 

P’tit Fred

 

Et voici la couvrante de l’objet :

 

couvbh.jpg

1...7891011

Philires... |
romans et nouvelles |
Blog officiel de l'éco... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | La Bouquinerie de Pont de B...
| cheikh451964
| Capitaine!